Ilisu
La Turquie veut construire le barrage d’Ilisu par ses propres moyens (26.02.10)
Nouveau rebondissement dans l’affaire du barrage d’Ilisu, sur le Tigre. Deux banques turques entendent assurer le financement total du projet, dont l’ardoise s’élèverait au minimum à 1,5 milliard d'euros. La Turquie parviendra-t-elle à construire cette centrale électrique, très controversée, par ses propres moyens ?
Alors qu’en juillet 2009, les gouvernements suisse, allemand et autrichien annonçaient le retrait de la garantie contre les risques à l’exportation aux entreprises impliquées dans le projet pharaonique du barrage d’Ilisu, qui ne répond pas aux standards sociaux et environnementaux fixés par la Banque mondiale, la Turquie entend désormais poursuivre la construction par ses propres moyens. A la fin du mois de janvier, plusieurs communiqués de presse ont en effet annoncé que le gouvernement avait conclu des accords avec deux banques turques, Akbank et Garanti, assurant le financement total du projet, dont les coûts s’élèveraient au minimum à 1,5 milliard d'euros.
Selon Christine Eberlein, responsable du dossier à la DB, la conclusion de ces accords n’a été possible que grâce à l’intervention des plus hautes autorités turques. Pendant des années en effet, le ministre des Finances s’est refusé à accorder une garantie à ce projet controversé en raison de la situation budgétaire déplorable.
De simples manœuvres dilatoires ?
Par ailleurs, les rumeurs concernant la volonté de différentes entreprises et banques chinoises d’assurer la construction et le financement du projet sont désormais balayées. En effet, lors d’un entretien avec les représentants de la campagne « Stop Ilisu », l’ambassadeur de Chine à Ankara a assuré que son pays ne prévoyait pas de soutenir ce projet. De leur côté, les entreprises suisses, allemandes et autrichiennes impliquées dans la construction de la centrale électrique ont annoncé leur retrait en janvier.
Pour la DB, les annonces régulières quant à la potentielle réalisation du projet sans participation européenne relèvent avant tout de manœuvres dilatoires, tant il est difficile d’imaginer comment la Turquie pourrait se passer d’une contribution de l’étranger. Elle devrait notamment trouver sur son sol des sociétés capables de remplacer les entreprises de construction européennes hautement spécialisées initialement impliquées dans le projet, ce qui semble peu probable.
Les actions de protestation se poursuivent
Depuis plusieurs années, la société civile se mobilise pour empêcher la construction du barrage d’Ilisu et protéger les droits des personnes concernées, les biens culturels et l’environnement. Les actions de protestation, qui continuent en Turquie et à l’étranger, compliquent encore davantage les plans du gouvernement turc. A la fin du mois de janvier, des organisations non gouvernementales ont manifesté devant le siège central de la banque Garanti. Le même jour, dans la ville de Batman, 30 maires de la région s’exprimaient contre le financement potentiel du projet par Akbank et la banque Garanti. Ils ont appelé les citoyens et citoyennes possédant un compte dans l’une de ces établissements à le clôturer si la participation de ces banques au financement du barrage d’Ilisu devait se confirmer.
Depuis décembre 2009, le maire de Batman passe ses jours en prison, en compagnie d’autres maires de la région. En effet, après les problèmes judiciaires rencontrés par le parti pro-kurde DDP, auxquels ils appartiennent, leur protestation contre la construction de la centrale hydraulique a été qualifiée d’ « action terroriste » par la justice turque et sanctionnée d’une peine de prison.
Un succès pour les personnes concernées
Au début du mois de février, les habitants de deux villages situés à proximité de la ville antique d’Hasankeyfs ont vu leur plainte contre l’Etat, qu’ils accusent d’expropriation, jugée recevable par le haut tribunal turc. En 2006, le gouvernement turc avait exproprié des propriétaires de maison et des propriétaires terriens en s’appuyant sur une loi d’urgence. Par la suite, le rachat s’était effectué au prix dérisoire de 60 centimes le mètre carré, soit 1/100ème du prix du marché.
Dans un rapport récent sur la Turquie, le Parlement européen s’est dit préoccupé par le sort des milliers de personnes forcées de quitter leur pays en raison de la construction de barrages en Anatolie du sud. Le barrage d’Ilisu fait en effet partie d’un projet pharaonique prévoyant la construction de 22 barrages sur l’Euphrate et le Tigre. Le rapport exige d’Ankara l’arrêt immédiat des travaux de construction, jusqu’à ce que la Commission européenne ait soumis un rapport sur les impacts sociaux et environnementaux des projets de barrages en Anatolie du Sud-est (GAP).
Alors qu’en juillet 2009, les gouvernements suisse, allemand et autrichien annonçaient le retrait de la garantie contre les risques à l’exportation aux entreprises impliquées dans le projet pharaonique du barrage d’Ilisu, qui ne répond pas aux standards sociaux et environnementaux fixés par la Banque mondiale, la Turquie entend désormais poursuivre la construction par ses propres moyens. A la fin du mois de janvier, plusieurs communiqués de presse ont en effet annoncé que le gouvernement avait conclu des accords avec deux banques turques, Akbank et Garanti, assurant le financement total du projet, dont les coûts s’élèveraient au minimum à 1,5 milliard d'euros.
Selon Christine Eberlein, responsable du dossier à la DB, la conclusion de ces accords n’a été possible que grâce à l’intervention des plus hautes autorités turques. Pendant des années en effet, le ministre des Finances s’est refusé à accorder une garantie à ce projet controversé en raison de la situation budgétaire déplorable.
De simples manœuvres dilatoires ?
Par ailleurs, les rumeurs concernant la volonté de différentes entreprises et banques chinoises d’assurer la construction et le financement du projet sont désormais balayées. En effet, lors d’un entretien avec les représentants de la campagne « Stop Ilisu », l’ambassadeur de Chine à Ankara a assuré que son pays ne prévoyait pas de soutenir ce projet. De leur côté, les entreprises suisses, allemandes et autrichiennes impliquées dans la construction de la centrale électrique ont annoncé leur retrait en janvier.
Pour la DB, les annonces régulières quant à la potentielle réalisation du projet sans participation européenne relèvent avant tout de manœuvres dilatoires, tant il est difficile d’imaginer comment la Turquie pourrait se passer d’une contribution de l’étranger. Elle devrait notamment trouver sur son sol des sociétés capables de remplacer les entreprises de construction européennes hautement spécialisées initialement impliquées dans le projet, ce qui semble peu probable.
Les actions de protestation se poursuivent
Depuis plusieurs années, la société civile se mobilise pour empêcher la construction du barrage d’Ilisu et protéger les droits des personnes concernées, les biens culturels et l’environnement. Les actions de protestation, qui continuent en Turquie et à l’étranger, compliquent encore davantage les plans du gouvernement turc. A la fin du mois de janvier, des organisations non gouvernementales ont manifesté devant le siège central de la banque Garanti. Le même jour, dans la ville de Batman, 30 maires de la région s’exprimaient contre le financement potentiel du projet par Akbank et la banque Garanti. Ils ont appelé les citoyens et citoyennes possédant un compte dans l’une de ces établissements à le clôturer si la participation de ces banques au financement du barrage d’Ilisu devait se confirmer.
Depuis décembre 2009, le maire de Batman passe ses jours en prison, en compagnie d’autres maires de la région. En effet, après les problèmes judiciaires rencontrés par le parti pro-kurde DDP, auxquels ils appartiennent, leur protestation contre la construction de la centrale hydraulique a été qualifiée d’ « action terroriste » par la justice turque et sanctionnée d’une peine de prison.
Un succès pour les personnes concernées
Au début du mois de février, les habitants de deux villages situés à proximité de la ville antique d’Hasankeyfs ont vu leur plainte contre l’Etat, qu’ils accusent d’expropriation, jugée recevable par le haut tribunal turc. En 2006, le gouvernement turc avait exproprié des propriétaires de maison et des propriétaires terriens en s’appuyant sur une loi d’urgence. Par la suite, le rachat s’était effectué au prix dérisoire de 60 centimes le mètre carré, soit 1/100ème du prix du marché.
Dans un rapport récent sur la Turquie, le Parlement européen s’est dit préoccupé par le sort des milliers de personnes forcées de quitter leur pays en raison de la construction de barrages en Anatolie du sud. Le barrage d’Ilisu fait en effet partie d’un projet pharaonique prévoyant la construction de 22 barrages sur l’Euphrate et le Tigre. Le rapport exige d’Ankara l’arrêt immédiat des travaux de construction, jusqu’à ce que la Commission européenne ait soumis un rapport sur les impacts sociaux et environnementaux des projets de barrages en Anatolie du Sud-est (GAP).


