Bangladesh
Les organisations de défense des travailleurs du Bangladesh menacées par le gouvernement (16.09.10)
Le 16 juin 2010, un collaborateur de l’ONG Bangladesh Center for Workers Solidarity (BCWS) a été arrêté par des agents de la sécurité nationale. Deux semaines plus tôt, le gouvernement retirait arbitrairement à l’organisation son statut légal d’ONG, prétextant que l’organisation avait semé le trouble au sein de deux usines textiles. Le gouvernement a également ordonné la confiscation de tous les biens de l’organisation et le gel de ses comptes bancaires. Le collaborateur arrêté a été sévèrement battu avant de réussir à prendre la fuite.
La BCWS est une ONG de défense des travailleurs reconnue au niveau internationale. Il n’existe aucune preuve de son implication directe dans les troubles importants qui secouent actuellement l’industrie textile en Asie. Les circonstances de cette attaque contre BCWS laissent plutôt penser qu’elle servirait les intérêts d’une usine textile prête à tout pour empêcher ses ouvriers de se constituer en syndicat indépendant.
En juin et juillet, des milliers de couturières sont descendues dans la rue afin d’exiger de meilleures conditions salariales dans le secteur textile. En attaquant BCWS, le gouvernement montre clairement qu’il n’est pas prêt à écouter les revendications des travailleurs et travailleuses forcés d’exécuter d’innombrables heures supplémentaires pour un salaire misérable ne leur permettant pas de vivre dignement.
Qu’est ce que le Bangladesh Center for Workers Solidarity (BCWS) ?
Le BCWS a été fondé en 2001 par deux anciens enfants qui travaillaient dans le secteur textile. Cette ONG est connue pour ses recherches fondées sur les infractions au droit du travail dans l’industrie textile et le précieux soutien qu’elle apporte aux victimes de ces violations. L’ONG met également en place de nombreux programmes, notamment un programme de sensibilisation aux droits du travail. Grâce au travail de BCWS, de nombreuses ouvrières prennent conscience de leurs droits et sont ainsi mieux à même de les défendre.Menaces, violences et chantage
Les dernières mesures prises à l’encontre de cette ONG – suppression du statut légal et violences subies par l’un des collaborateurs – s’inscrivent dans un processus répressif mis en place depuis longtemps. En effet, le BCWS a déjà fait l’objet d’écoutes téléphoniques, d’interception de courrier électronique et de fouilles épisodiques de ses locaux.Le 3 juin 2010, le NGO Affairs Bureau, l’agence gouvernementale en charge des organisations non gouvernementales, a retiré son statut d’ONG au BCWS. Il a également ordonné le séquestre de ses locaux et le gel de ses comptes, privant ainsi l’organisation du soutien financier étranger indispensable à ses activités.
Le 16 juin 2010, la police a procédé à l’arrestation d’Aminul Islam, un collaborateur du BCWS. Celui-ci se trouvait dans les locaux de l’Association des Producteurs et Exportateurs de textile du Bangladesh (Bangladesh Garment Manufacturers and Exporters Association, BGMEA), où il devait prendre part à une réunion avec le directeur en chef de l’inspection des usines. Cette rencontre devait se tenir en présence de quatre autres collaborateurs du BCWS, d’une délégation de 30 ouvriers et de deux autres représentants de la BGMEA. L’inspecteur en chef avait reçu une autorisation officielle pour cette réunion, bien que le statut d’ONG du BCWS ne soit plus reconnu par le gouvernement.
Peu avant la réunion, une trentaine d’hommes de la National Security Intelligence ont surgit et arrêté Aminul Islam ainsi que trois ouvriers. Ils lui ont bandé les yeux et l’ont roué de coups, tout en le menaçant de mort s’il ne fournissait pas un faux témoignage contre le BCWS. Aminul a refusé courageusement et ses bourreaux l’ont frappé jusqu’à ce qu’il perde connaissance. Le pauvre homme a réussi à s’enfuir au moment de son transfert vers un autre district.
Pour Aminul Islam, les raisons de son arrestation sont claires: le gouvernement souhaite mettre les dirigeants du BCWS hors d’état de nuire. Pour des questions de sécurité, l’homme doit désormais vivre caché. Le 22 juillet, le BCWS témoignait de la pression subie par l’ensemble des collaborateurs : «nos lignes sont sur écoute, nous sommes suivis et nous recevons beaucoup de visites et de coups de téléphone de la NSI.»
Pourquoi le BCWS est-il la cible de ces attaques ?
Le retrait du statut d’ONG est probablement lié au soutien apporté par BCWS à la création d’un syndicat indépendant au sein d’une usine. Victimes de différentes formes d’intimidation, les membres de ce syndicat en constitution avaient demandé l’aide de l’organisation en avril 2010. Le BCWS devait intervenir afin de régler le conflit entre les travailleurs et la direction de l’usine. Les propriétaires de l’usine sont d’anciens officiers de l’armée ; ils ont probablement usé de leur influence politique pour obtenir du gouvernement le retrait du statut d’ONG au BCWS. L’organisation n’a été informée de cette décision que le 10 juin. Le 6 juin, quatre jours avant l’annonce officielle, la direction de l’usine annonçait déjà à ses employés la fermeture du BCWS.Le 19 juin, trois jours après l’arrestation d’Islam, la direction de l’usine a porté plainte contre deux collaborateurs du BCWS et 57 ouvriers de l’usine pour violences à l’encontre de membres de la direction, dégradation et vol de la propriété de l’usine. Le BCWS rapporte que les ouvriers sont toujours victimes d’agressions perpétrées par des bandes locales. Le 22 juillet, la télévision du Bangladesh a annoncé que 40 couturières avaient été blessées lors de ces agressions.
Les attaques à l’encontre du BCWS visent à saboter les revendications salariales. Avec 1662.50 takas (24.50 francs environ), le salaire minimal légal au Bangladesh est l’un des plus bas du monde. Selon les calculs d’une ONG bangladeshie, entre 1400 et 1575 takas par mois (entre 20 et 23 francs) sont déjà nécessaires pour nourrir une personne adulte. Depuis 2006, les prix des denrées alimentaires ont doublé, certains ont même triplé. Le salaire minimum actuel est donc très largement insuffisant pour couvrir les besoins de base d’une famille, ce qui a conduit les ouvriers au Bangladesh à descendre dans la rue pour manifester. Ils exigent un salaire minimum de 5000 takas (74 francs). Selon le gouvernement, ces manifestations ne seraient dues qu’à la manipulation et aux activités déstabilisantes d’ONG telles que le BCWS. Il dit ne pas comprendre pour quelles autres raisons les employés du secteur textile protesterait sinon, puisque le salaire minimum a déjà été augmenté.
Dans l’annonce officielle du retrait du statut d’ONG au BCWS, le gouvernement accuse l’organisation d’attiser les désordres et d’encourager les manifestations et des comportements nuisibles au gouvernement. Plutôt que de se préoccuper des besoins de base des travailleurs, le gouvernement préfère investir dans l’appareil répressif, notamment dans une nouvelle «police de l’industrie» spécialement destinée aux interventions dans l’industrie textile. Selon les annonces de la presse du Bangladesh, cette nouvelle unité de police interviendra d’une main de fer pour lutter contre les manifestations de travailleurs.
Dans la nuit du 12 au 13 août, Kalpona Akter et Abdul Akhter ont été arrêtés par une vingtaine de policiers dans les locaux de l’association où ils passaient la nuit, leurs maisons respectives étant surveillées par la police et les forces de sécurité bangladeshies.









