Les droits des populations indigènes doivent être préservés: le point de vue de Joji Carino
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DB : aux yeux des populations indigènes, quels sont les principaux problèmes en lien avec la biopiraterie?

Joji Carino : les populations indigènes ont vécu pendant des siècles dans un délicat équilibre avec leur écosystème local. De ce fait, ils ont contribué énormément à la richesse biologique. La créativité humaine et sa capacité à innover a engendré la création de nombreux remèdes, aliments, produits naturels ou biens culturels très importants pour le bien-être de l’humanité.

Pour les populations indigènes, l’exploitation et l’expropriation de terres et de ressources par des puissances étrangères font partie des expériences historiques vécues du temps des colonies, et ont abouti à leur paupérisation et à leur marginalisation. Durant ces dernières décennies, le savoir traditionnel des populations indigènes et leur capacité d’innovation en lien avec les ressources biologiques et génétiques sont ainsi également menacés d’expropriation et d’exploitation. Cette tendance s’est accélérée avec les progrès rapides de la biotechnologie moderne et de l’informatique. Même les ressources génétiques humaines des populations sont à présent dans le collimateur de la recherche, avec pour objectif d’isoler des informations génétiques pourtant uniques, et de les breveter.


Que faudrait-il pour résoudre le problème?

Des normes internationales pour la règlementation de l’accès à des ressources génétiques et de leurs savoirs traditionnel associés doivent être édictées dans le cadre de la Convention sur la diversité biologique (CBD). Les signataires de la CBD doivent s’engager à élaborer des lois nationales et des lignes directrices politiques visant à une protection totale et à la promotion du savoir traditionnel, comprenant également des mesures de prévention contre la biopiraterie. Dans le cadre des normes internationales, des mesures contraignantes doivent exister dans les pays utilisateurs pour équilibrer les forces en présence de manière équitable.

Le droit des populations indigènes sur leurs terres, leurs territoires et leurs ressources, en d’autres termes sur leur héritage naturel et culturel, doit être totalement reconnu et préservé. Cela comprend les ressources génétiques et le savoir traditionnel associé. Une norme internationale contraignante pour l’articulation de ces droits a été clairement énoncée dans le cadre de la récente déclaration onusienne sur le droit des populations indigènes (UNDRIP). Celle-ci fournit des principes directeurs aux gouvernements pour l’élaboration d’un système international ABS (Access and Benefit Sharing) et de lois nationales correspondantes.

De telles règles doivent faire en sorte qu’il ne soit plus possible d’accéder aux ressources génétiques et au savoir traditionnel sans avoir obtenu l’accord préalable et éclairé des populations et communautés locales concernées.

La préservation des droits des populations indigènes et des communautés locales sur leurs ressources génétiques et leur savoir traditionnel, ainsi que la possibilité pour elles d’utiliser tous les instruments juridiques à disposition, sont décisifs pour garantir un partage des avantages équitable lors de négociations d’accords ABS.


Quelles sont les revendications les plus importantes des populations indigènes en lien avec l’élaboration d’un nouvel accord ABS?

L’accord ABS doit avoir pour objectif de préserver le droit des populations indigènes et des communautés locales à disposer librement de leurs ressources génétiques et de leur savoir traditionnel. Ce but doit être clairement explicité pour tous les aspects du système.
En outre, le lien entre les objectifs de l’accord ABS et la conservation, respectivement l’utilisation durable de la biodiversité doit être acquis, de même que leur contribution au développement durable et au bien-être des populations indigènes et des communautés locales.

Il n’est pas exclu que certaines populations indigènes et communautés locales choisissent de ne pas participer à un accord ABS. Leur droit au refus doit également être respecté.


Joji Carino est une Ibaloi-Igorot de la région des Cordillères aux Philippines, engagée activement depuis longtemps au niveau national et international pour les droits des populations indigènes, dans le cadre de la Convention sur la diversité biologique. Elle travaille pour l’organisation philippine Tebtebba, ainsi que pour le Indigenous Peoples’ International Centre for Policy Research and Education.


Photo : Joji Carino lors des négociations pour un protocole anti-biopiraterie



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