Avec de la volonté, c’est possible
Retour Version imprimable Transmettre cette page

Les lignes directrices des jardins botaniques
Les jardins botaniques contribuent massivement et de manière incontestée à la conservation de la biodiversité. Cette contribution a également été reconnue par l’industrie, puisqu’une ébauche d’accord secret entre la compagnie étatsunienne Phytera Pharmaceuticals et la palmeraie de Francfort a été rendue publique en 1996. Selon cet accord, Phytera s’engageait à verser à la palmeraie 15 dollars par plante ainsi qu’un partage des bénéfices à hauteur de 0.25% dans le cas où l’une des plantes s’avérait être un « grand succès ». Heureusement, la palmeraie a décliné l’offre.

De tels contrats peuvent toutefois relativement facilement contourner la Convention sur la diversité biologique (CBD). Pour les échantillons et les exemplaires végétaux destinés au développement de substances actives médicales et récoltés avant 1992, par exemple, la CBD n’a jamais été appliquée à ce jour. Et la plupart des plantes dans les jardins botaniques ont été collectées bien avant.

C’est la raison pour laquelle les jardins botaniques ont créé il y a une dizaine d’années le réseau international d’échanges de végétaux (International Plant Exchange Network ou IPEN), et ont formulé un code de conduite liant l’acquisition et l’échange de végétaux aux règles de la CBD. Les jardins du réseau ne doivent accepter que des végétaux prélevés de manière légale. Dans le cas où les plantes seraient mises à disposition à des fins commerciales, l’accord préalable du pays d’origine doit être obtenu et l’utilisateur doit négocier un partage équitable des avantages. Même si les jardins entreprennent eux-mêmes les recherches, ils doivent s’engager à partager les savoirs accumulés avec le pays d’origine. Le bon côté des choses, c’est que ces règles concernent tous les végétaux, y compris ceux qui auraient été collectés avant 1992. En Suisse, pratiquement tous les jardins botaniques ont adhéré à ce réseau et se conforment au code de conduite. La seule ombre au tableau concerne la collection de plantes succulentes de Zurich.


Une perle de la forêt vierge

Les producteurs de parfum et d’arôme synthétique recherchent activement dans la nature des substances innovantes. Cependant, selon un expert de la branche, la plupart des compagnies ne voit pas de nécessité de conclure des contrats et de partager les avantages. Natura, la plus grande compagnie brésilienne de cosmétiques avec un chiffre d’affaires d’environ 1,7 milliards d’euros et 5'700 employés, représente ici une exception notoire. Elle compte parmi les pionnières concernant la mise en œuvre de la CBD.

Bien avant que la CBD ne soit transposée dans la législation nationale brésilienne, Natura a commencé à conclure des contrats concernant l’utilisation des ressources génétiques et du savoir traditionnel associé avec des communautés indigènes d’Amazonie. A ce jour, 19 contrats ont été établis. Natura ne dédommage pas uniquement les communautés pour la livraison du matériel brut, mais leur octroie également un pourcentage des montants accumulés par les ventes, visant une collaboration à plus long terme. Dans le cadre du partage des avantages, près de 500'000 euros sont ainsi annuellement mis à disposition de ces communautés.

L’un de ces contrats a été conclu avec la communauté isolée des Iratapurus en Amazonie. Depuis plusieurs générations, cette population indigène récolte la noix du Brésil (Castanha-do-Pará) et a développé plusieurs méthodes d’extraction d’huile à partir de celle-ci. Diverses réunions ont eu lieu avec cette communauté afin de négocier un contrat, auxquelles ont également pris part les autorités provinciales et l’organisation écologiste Friends of the Earth (partenaire de Pro Natura). Depuis, la communauté livre l’huile brute de noix du Brésil à une usine de transformation, de laquelle est produite une essence que Natura utilise pour la production de shampoing, de savon et de lotion capillaire. Une partie des revenus de la vente est versée dans un fond durable, par l’intermédiaire duquel la communauté peut développer de nouvelles initiatives économiques et renforcer ses capacités techniques et commerciales.

Des projets comme ceux-ci ne se déroulent jamais sans heurts. Des compagnies pionnières comme Natura doivent souvent en assumer les frais. Qu’elles restent fidèles à leur engagement n’en est que plus remarquable.


Pour en savoir plus

Commander notre dossier spécial Biopiraterie

Biopiraterie: interventions de la DB à la radio

Convention sur la biodiversité

Populations indigènes
Le point de vue de Joji Carino

Si on veut, on peut!
Les bonnes pratiques